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Pixel & Béchamel

La photographie culinaire est-elle de l’Art

La photographie culinaire est-elle un Art ?

 

La photographie culinaire est-elle de l’Art

 

Nicéphore Niépce fut l’inventeur du « procédé héliographique », c’est-à-dire de la photographie. Au-delà de cette prouesse géniale qui a littéralement changé le monde, il fut également l’inventeur involontaire de la photographie culinaire en 1827 avec « La table servie » qui, admettons-le, n’est pas une photo d’Art. Il n’avait certainement pas d’autre ambition que de faire des tests techniques avec un sujet statique et sa démarche était essentiellement scientifique. Ce fut donc un faux départ pour la photographie culinaire qui n’a cessé depuis d’évoluer, de s’affiner, de s’adapter aux codes changeants de la société, voire parfois de les devancer. En presque 200 ans et à force de se perfectionner et de gagner en maturité, la photographie culinaire a-t-elle fini par acquérir le statut de photo d’Art ? Malheureusement, ça ne semble pas être le cas. Pourtant c’est un genre en tant que tel, qui dispose de son propre langage et de ses codes spécifiques, qui nécessite un véritable savoir-faire ainsi qu’une grande implication et beaucoup de précision. Malgré cela, la photographie culinaire ne trouve pas sa cote dans les salles de vente en dépit de tentatives ponctuelles rarement couronnées de succès.

 

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Pourquoi ? Par quel mécanisme en arrive-t-on à ne pas considérer ce style très technique et créatif comme étant de l’Art ? Nous portons tous un regard admiratif sur certaines réalisations. Nous reconnaissons dès le premier coup d’œil les talents respectifs du cuisinier et du photographe impliqués dans ces créations et pourtant nous ne parlons jamais d’Art, nous nous contentons de parler d’art. Le magazine de Yannick Alléno (YAM) propose toujours quelques photos somptueuses nécessitant chacune un travail énorme : tout y est minutieusement positionné, éclairé, ajusté, dosé, pour atteindre une forme de perfection qui attire irrémédiablement le l’œil et qui suscite presque toujours l’enthousiasme. En regardant ces compositions, nous prenons instinctivement conscience du chemin parcouru entre la récolte et le papier glacé, le langage utilisé est puissant et universel, nos cerveaux ne font aucun effort et le plus souvent une certaine émotion nous gagne.

 

L’instinct, parlons-en. Dans ces circonstances, c’est peut-être lui qui nous pousse à nous contenter de parler d’art sans jamais vraiment penser à l’Art. Au-delà de l’éternel débat sur la nécessité (ou non) pour l’Art de porter un message, notre instinct annihile-t-il notre sens critique en nous empêchant d’oublier que nous admirons des œuvres constituées de denrées réellement comestibles ? Ce ne serait pas surprenant puisque dès lors que l’aliment nous est présenté prêt à être dégusté, nos estomacs prennent le pas sur nos cerveaux. Puisqu’il ne s’agit pas d’une peinture de maître, mais d’une reproduction du réel, notre animalité prend le contrôle et nous ne sommes plus en mesure d’intellectualiser ce que nous observons. Nous sommes bridés. Nous ne voyons pas une œuvre décorative, nous ne percevons pas de message, nous voyons de la nourriture, très belle, somptueuse, peut-être même la plus belle que nous n’avons jamais vue, et pourtant qu’allons-nous faire ? Nous allons saliver ! Oui, saliver ! Nous pouvons apprécier les talents incontestables du cuisinier et du photographe, peut-être même leur sommes-nous reconnaissants de nous permettre de contempler de si belles choses, mais aucune force ne pourrait nous détourner de l’envie d’y plonger une fourchette, une cuiller, ou encore mieux, nos doigts !

 

Ces images nous transportent autant qu’elles nous frustrent à force de ne pas être accompagnées de leurs odeurs et elles deviennent inéligibles à un accrochage en bonne et due forme dans nos entrées, au-dessus de nos postes de télévision ou dans les open-spaces de nos entreprises. Elles ne feraient que nous déconcentrer, elles nous écarteraient de nos objectifs du moment, elles désorganiseraient nos idées, elles séduiraient nos instincts, elles dépraveraient nos volontés par ailleurs si puissantes (bien entendu), bref, elles nous donneraient faim, un point c’est tout.

 

Monsieur Alléno, n’en déplaise aux amateurs d’Art, les photos dont vous êtes l’instigateur sont indubitablement artistiques. Pourtant, je vais devoir mettre un point final à cet article et tant pis pour la profonde réflexion à propos de l’Art… je n’y peux rien, j’ai un petit creux.